28 février 2006

De la Microsculpture / Septembre 2004

Essai de définition, la Microsculpture?

Je voudrais essayer aujourd'hui de parler d'une partie de la sculpture contemporaine telle qu'elle se pratique aujourd'hui, et que je nommerai pour plus de facilité "microsculpture". Ce terme lui-même se trouve actuellement vivement contesté par nombre même de ses créateurs, mais je n'en trouve pas de meilleur pour l'instant et le conserverai donc pour les besoins de ma démonstration. Je m'expliquerai plus bas du choix d'un tel nom.(Petite parenthèse introductive) (Bien sûr il est devenu difficile de parler de courants depuis la chute du modernisme, et avec lui du dernier mouvement quelque peu identifiable en tant qu'"avant-garde" (sauf peut être l'art conceptuel?)... de nos jours l'art contemporain est tellement vaste, tellement diversifié, son champ rassemble tant de pratiques différentes cohabitant tranquillement les unes avec les autres, qu'il n'y aurait personne d'assez chauvin ou fou dans le monde de l'art pour prétendre à la suprématie de tel ou tel type d'oeuvre d'art. Le courant universel prônant la tolérance ayant soufflé sur le monde des années 90 et ce début de millénaire, le prosélytisme n'est véritablement pas vu d'un bon oeil, encore moins en ce qui concerne le domaine des arts et de la culture. Tous les modus operandi, les sujets, les descendances et les pratiques sont forcées de cohabiter les unes avec les autres, dans un souci de bien-pensance et de tolérance tout à fait démagogique. Le chahut de l'art contemporain est devenu un thème rabaché et vidé de toute polémlique, aussi bien du coté des professionnels de l'art que du public (interessé ou non). Des mots tels que qualité, bon ou mauvais art, perspective historiciste, etc... sont à jamais banni du vocabulaire du critique, destiné désormais à n'être qu'un humble paraphraseur de la parole sacrée de l'artiste, investi de la qualité suprême de la bonne foi, et encore. Que d'esbrouffeurs calculateurs et hyprocrites dans le petit monde de la création contemporaine!! Combien de menteurs à eux mêmes, de faux enthousiastes, de récupérateurs de tendances, de révolutionnaires factices!! Combien de pense petits, de spéculateurs, de directeurs marketing hors-pair dirigent les grandes institutions artistiques, qu'elles soient privées ou publiques... françaises ou inernationales. Qu'il est difficile de continuer à faire ou à écrire sur l'art avec un coeur sincère, sincérité qui impliquerait théoriquement des prises de position tranchées loin d'écrits de complaisance... qu'il est loin le temps d'un Greenberg, ou même d'un Buchloch (!) aussi peu pertinentes que certaines de leurs thèses fussent apparues par la suite 1.

Caractéristiques de la microsculpture

La microsculpture utilise des objets et des matériaux du quotidien, qu'elle ne modifie que très peu, à l'aide d'interventions "quasi chirurgicales" 2, ce en quoi elle se distingue du simple ready made. Si elle utilise des matériaux bruts, non raffinés, elle les utilise de manière à faire ressortir leur usage utilitaire, non affilié aux fins nobles de l'art (cf la table en marbre de Guillaume Alimoussa).
Une microsculpture peut fonctionner seule ou en groupe, être inerte, ou posséder un mécanisme (la poubelle de S Hoon).
La microsculpture n'est pas, à proprement parler, de l'installation. En effet, la microsculpture peut-être (la plupart du temps) déplacée et montrée indifféremment dans plusieurs endroits différents (atelier, lieu d'exposition, collection privée...) (ce en quoi elle se rattache à une certaine tradition de la sculpture classique) sans pour autant se détacher complètement de son lieu et de ses conditions de production. Si elle est réalisée sur site, elle reste dans la plupart des cas une sculpture sur site (ex: les nains de jean marie krauth)
La microsculpture traite de thèmes universels, parce qu'utilisant des matériaux connus de tous. Si elle utilise des symboles culturels, ce sont la plupart du temps des symboles culturels de masse, très peu codifiés ou du moins accessibles au plus grand nombre (le drapeau chez Bechtel, Carravaggio chez Guillaume Alimoussa).
Plusieurs microsculptures peuvent fonctionner autour d'une thématique de fond, ou de forme, voire les deux (cf expo Abschweifend)
Attention!! La microsculpture peut-être gigantesque (cf Colonnes de beurre, tractopelle de Alimoussa, machine à merde de W.Delvoye). Ce n'est pas par la taille qu'elle est "micro", c'est par son infime différence d'avec le réel, par sa sublime capacité à se fondre dans le réel, à lui coller à la peau, comme un jumeau agaçant qui ressemble trop à l'autre.
Enfin, la microsculpture est protéiforme: elle peut à l'occasion emprunter les moyens de la vidéo, ou de la photo pour suggérer des anologies de formes plus directes, narratives ou poétiques (photo de Robespierre, du fleuve et des canaux chez Laurent Bechtel, Tournesols en vidéo chez Guillaume Alimoussa).

Mécanismes formels et intellectuels de la microsculpture

S'il ne faut pas confondre thèmes de l'oeuvre et moyens de réalisation, cette frontière reste néanmoins très ténue, à la façon des vases communicants: la microsculpture attire notre attention sur la propension des objets quotidiens à créer du sens et des univers propres à eux mêmes. Le fond contamine la forme et vice versa (question du citron: notre connaissance de l'odeur du citron vient-elle désormais du citron ou du liquide vaisselle parfum citron?)
Le principe de fonctionnement de la microsculpture est donc de se servir des caractéristiques premières du/des objets/matériaux utilisés et de s'appuyer sur un réseaux de connotations fonctionnelles/lexicales d'associations d'idées, pour faire basculer le sens dans (souvent) plusieurs directions possibles.
La microsculpture utilise le potentiel discursif fort des objets pour déclencher une conversation naturelle (puisque les objets utilisées sont connus de tous) et dynamique (le spectateur à beaucoup de possiblités de compréhension selon son vécu et ses propres références) avec le regardeur (un peu à la manière du jeu chapeau de paille-paillasson-somnanbule-bullotin-tintamarre-marabout...) )
La microsculpture peut se baser sur certaines littéralités empruntées au langage, étant donné qu'elle se soucie fort de la nomenclature (cf le presse orange de Franck David)
La microsculpture questionne le penchant humain de devoir nommer et ranger chaque chose selon un ordre établi, constaté et répété. La microsculpture entremêle le culturel, l'inné et l'acquis. La microsculpture fait appel à nos sens les plus primaires, et questionne toujours l'idée de la forme. Elle veut nous amener à reconnaître comme tels des rapprochement qui semblaient impossibles au premier abord où à décortiquer des mécanismes de cache-cache de l'objet (liées aux techniques marketing employées lors de la conception-réalisation-promotion de cet objet).

Enjeux (sociaux, artistiques et autres) de la microsculpture

De par là, la microsculpture interroge la place des objets dans le monde et de par là, notre place. La microsculpture se voit actuellement pratiquée par une génération d'artistes très dispersée dans le monde, et ce grâce à la proliféraiton de ses moyens de base (ses matériaux) qui ne sont en fait rien d'autre que les objets occidentaux répandus dans le monde (asie y compris) 3
La microsculpture nous redonne un chance de tous se comprendre, et fait renaître le mythe de la tour de babel, en abolissant les frontières de langue, de culture et de localisation géographiques. Elle fait renaître la tradition mimétique dans toute sa force, puisque la microsculpture n'est qu'un dimension parallèlle, une caricature de la réalité, un "commentaire de la culture" 4.
La microsculpture répète le monde, mais elle le répète mal, comme un enfant qui bégaye tout en sachant reconnaître le mot dans sa forme première. La microsculpture est le grain de sable de l'évidente classification du monde. La microsculpture distors le réel pour nous mettre en position d'acteur et non plus de spectateur. Elle nous incite à ainsi anihiler les stratégies paralysantes des objets. La microsculpture nous rend plus alertes à notre environnement, plus vigilants, et nous apprend à ne pas prendre le monde pour ce quoi il nous est donné.
Mais la microsculpture nous fait aussi rire, parce qu'elle rend même les objets les plus négatifs désarmants, meme ceux de destruction (la pelleteuse qui s'auto-enterre de Guillaume Alimoussa) même ceux qui ont cessé de vivre (le squelette de poulet emballé de Sung hoon Choi) En fin de compte, la microsculpture nous rend infiniment vivants. Je crois que c'est déjà beaucoup pour l'art contemporain.Une petite conclusion théoriqueLa microsculpture s'appuie donc sur l'héritage incontestable du ready made, mais un ready made intelligent, qui serait vidé de sa fonction tautologique et moqueuse, au profit d'une utilisation pertinente et ordonnée des caractéristiques intrinsèques de l'objet.
En cela, la microsculpture est très rattachée à la tradition moderniste d'interrogation et d'inverstigation du médium, sauf qu'ici il change tout le temps (puisque le champ des objets manifacturés est infini) et ne peut être classé qu'en une catégorie (les objets usuels)
La microsculpture possède donc un champ d'action très vaste et un potentiel intellectuel d'interrogation infini dans le sens où son champ de pratique n'est pas restreint, comme le fût le modernisme, à la seule peinture et sculpture (quoique, même la sculpture posait problème au modernisme en raison du trop grand nombre utilisable de matériaux pour réaliser ces dernières, qui se virent de plus basculer au bout de très peu de temps dans d'autres catégories comme l'installation ou le Land art début 60's)
La microsculpture possède de plus un potentiel mercantile très intéressant, du fait de sa très proche parenté avec l'objet même dont elle dérive. Application non négligeable et absolument non contradictoire avec le statut même de l'objet dont elle se revendique comme la proche cousine (cf Pull sculpture de Erwin Wurm)
On peut aller jusqu'à dire que la microsculpture pourrait devenir une sorte de collector du réel (cf la meduse en gras dans le carton de pizza de GAM)
(on peut rêver)
Justement, le rêve est sans doute la clé de tout cela.

Notes
1. "La théorie moderniste s'est toujours trouvée incapable de proposer une histoire satisfaisante de la sculpture"
"A View on modernism" Artforum 1972, Rosalind Krauss
2 cf Katia Pfeiffer pour l'exposition de Guillaume Alimoussa, "Abschweifend", juin 2004, Robert Keller Galerie, Berlin
3 cf Lucy lippard découvrant le travail de Ian Baxter a 10000 lieues de NY et des fondateurs de l'art conceptuel, in Troubles 3, Christophe Domino).
4 (Mike kelley the Uncanny)

2 commentaires:

Evripidis a dit…

Bonjour,
Lors de mes recherches j'ai trouvé votre article sur la "microscuplture", lequel je trouve très interessant.
Je suis etudiant en art, en 5e année et en plein préparation du Diplôme. Mon interêt sur le detournement, qui a commencé par celle de la signaletique des éspaces frequentées ainsi que des modes d'emploi, et continue avec l'integration des objets quotidien et du langage parlé(comment je l'explore en etant étranger) desquels l'usage je détourne, en réstant en rapport immediat avec notre entourage. Se servir des caracteristiques premieres des materiaux utilisées, comme vous marquez, réste un des principes de mon travail.
Que pensez-vous de cette simplicité de géstes qui transfigure l'ordinaire, que pensez vous de l'artiste contemporain qui trouve une piste monstrueuse de ready-mades à "jongler" avec? Quelle utilité peut y avoir ainsi, l'art? Ce sont des questions auxquels je m'interroge vivement en ce moment, quelque peu du temps avant ma présentation au diplôme(DNSEP).
Merci de votre attention



PS. Je demande votre excuse si je suis mal-exprimé qqpart mais je ne suis pas francais et je fais encore des efforts pour maîtriser la langue.Bonjour,
Lors de mes recherches j'ai trouvé votre article sur la "microscuplture", lequel je trouve très interessant.
Je suis etudiant en art, en 5e année et en plein préparation du Diplôme. Mon interêt sur le detournement, qui a commencé par celle de la signaletique des éspaces frequentées ainsi que des modes d'emploi, et continue avec l'integration des objets quotidien et du langage parlé(comment je l'explore en etant étranger) desquels l'usage je détourne, en réstant en rapport immediat avec notre entourage. Se servir des caracteristiques premieres des materiaux utilisées, comme vous marquez, réste un des principes de mon travail.
Que pensez-vous de cette simplicité de géstes qui transfigure l'ordinaire, que pensez vous de l'artiste contemporain qui trouve une piste monstrueuse de ready-mades à "jongler" avec? Quelle utilité peut y avoir ainsi, l'art? Ce sont des questions auxquels je m'interroge vivement en ce moment, quelque peu du temps avant ma présentation au diplôme(DNSEP).
Merci de votre attention



PS. Je demande votre excuse si je suis mal-exprimé qqpart mais je ne suis pas francais et je fais encore des efforts pour maîtriser la langue.

Anonyme a dit…

BON DEPART